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LE CHRYSOTILE NE FERA PAS PARTIE DE LA CONVENTION DE ROTTERDAM
20-10-2004

"Les faits ne pénètrent pas dans le monde où vivent nos croyances" Marcel Proust

Le 18 septembre 2004, les pays membres de la Convention de Rotterdam ont rejeté la proposition de soumettre le chrysotile à la procédure de consentement préalable en connaissance de cause (procédure PIC). Les nombreux pays qui se sont exprimés sur cette question, et qui représentent plus de 3 milliards d'individus sur la planète, ont soutenu que la Convention de Rotterdam n'était pas l'outil approprié pour protéger la santé des travailleurs impliqués dans le commerce, la transformation et l'utilisation de cette fibre.

Il s'agit d'un retentissant échec pour l'Union européenne, le Chili et des groupuscules voués à l'interdiction du chrysotile qui menaient la bataille pour que cette fibre joigne une liste de pesticides et de produits chimiques dangereux pour l'environnement. Certains de ces groupes de pression ont exprimé leur frustration d'avoir perdu cette bataille en accusant des pays comme la Russie et le Canada d'avoir placé au premier plan leurs intérêts économiques au détriment de la santé de la collectivité.

Ces insinuations gratuites ne doivent pas nous faire perdre de vue l'objectif premier recherché par les pays et les groupes qui supportaient l'inclusion du chrysotile dans cette Convention, soit l'interdiction du commerce du chrysotile au profit des fibres de remplacement. Les pays qui prônent l'interdiction du chrysotile - en particulier la France et le Chili - sont parmi les principaux producteurs de produits de substitution comme des celluloses et des fibres de céramique : il y a donc des intérêts économiques importants en jeu.

Dans tous les pays où ce mouvement d'interdiction est actif, on remarque la présence de groupes anti-chrysotile, qui implicitement supportent l'industrie des produits de remplacement, les désamianteurs ou les cabinets d'avocats. Il n'est pas étonnant de les entendre clamer que les substituts sont certainement plus sécuritaires que le chrysotile, alors que le caractère sécuritaire de ces produits est loin d'être établi. Il apparaît donc clair que certains intérêts ont cherché à utiliser la Convention de Rotterdam et sa procédure PIC à des fins pour lesquelles cette convention n'a pas été conçue au départ.

Il ne faut pas non plus se méprendre sur le fait que les pays présents à Genève en septembre dernier sont tous supporteurs des objectifs de la Convention de Rotterdam. Mais la majorité de ces pays n'ont pas été dupes des manœuvres cherchant à utiliser la Convention à des fins non avouées mais évidemment commerciales. Le refus d'inclure le chrysotile à la procédure PIC n'est pas une opposition à l'information destinée aux pays en développement, mais plutôt le rejet de laisser les Européens et à leurs alliés dans cette cause dicter les règles du commerce international. Quoique puissent prétendre les militants anti-amiante, ce n'est pas d'information des travailleurs dont il était question, mais de l'interdiction simple du chrysotile. Dans une entrevue à l'Associated Press en novembre 2003, le Dr Reiner Arndt, président du Comité provisoire d'étude des produits chimiques (qui avait proposé l'inclusion du chrysotile à la liste PIC), a clairement indiqué " que le traité est principalement conçu pour protéger les pays en voie de développement en leur donnant une manière simple de bannir les importations des produits qu'ils croient être dangereux ".

Il n'y a aucune raison scientifique ou médicale justifiant la classification des fibres de chrysotile avec les pesticides et les produits chimiques les plus dangereux. Contrairement aux autres produits couverts par la Convention, l'usage du chrysotile ne pose pas de problème en matière d'environnement. Les risques inhérents à son utilisation sont limités au milieu de travail, et il existe déjà une convention internationale adoptée par 145 pays ? la Convention 162 de l'Organisation internationale du travail concernant la sécurité dans l'utilisation de l'amiante ? qui régit les principes de son utilisation sans risque.

Il est déplorable que les adversaires de la politique qui militent en faveur de l'usage sécuritaire et responsable des minéraux et des métaux utilisent la santé ou la qualité de l'environnement, sujet très sensible dans l'opinion publique, pour soutenir leurs activités commerciales. Cette façon de faire entraîne inévitablement de l'exagération et du dénigrement qui façonne la perception d'une population qui ne sait plus apporter les nuances qui s'imposent pour différencier entre les croyances et la réalité. Dans cette croisade en faveur du bannissement du chrysotile, il est évident que de grands intérêts commerciaux sont impliqués et personne, outre ces lobbies transnationaux, ne sort gagnant d'une guerre commerciale qui se déroule sous le couvert de questions environnementales. La tentative d'inclure le chrysotile à la procédure PIC aurait principalement servi des intérêts commerciaux qui sont à des années-lumière des questions de santé et de sécurité des travailleurs, mais surtout des besoins de la population des pays émergents et en développement.

Les pays qui se sont opposés à l'inclusion du chrysotile à la procédure PIC se sont montrés préoccupés du fait que la procédure d'inscription sur la liste pourrait mener involontairement à l'utilisation de produits de remplacement qui n'ont pas été évalués adéquatement et qui pourraient poser des risques similaires et peut-être plus élévés. L'inclusion du chrysotile sans inclure d'autres fibres industrielles utilisées dans les produits de remplacement aurait été discriminatoire. Elle aurait imposé un déséquilibre dans le commerce international des fibres industrielles, puisque les industries en compétition avec le chrysotile auraient été avantagées par cette mesure, étant exemptées de la lourdeur bureaucratique et du fait de ne pas être associées à une liste de produits chimiques hautement toxiques. Qui plus est, les récents résultats des études de biopersistance démontrent qu'un bon nombre des fibres de remplacement sont plus persistentes et donc très probablement dommageables pour la santé. En somme, l'inclusion du chrysotile à la procédure PIC aurait davantage apparu comme un appel au bannissement et à la substitution du chrysotile par des produits de remplacement, et cette conséquence est contraire à la volonté exprimée par un très grand nombre de pays et de leurs gouvernements en faveur de la politique d'usage contrôlé et responsable.