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TOUT SUR LE MÉSOTHÉLIOME

Numéro spécial

Le mésothéliome, qui est une forme rare du cancer des membranes de la cavité pulmonaire ou abdominale, a récemment fait la une de la presse européenne. De nombreux reportages ont alarmé le public en annonçant une vague dévastatrice de mésothéliome pour les prochaines années. La plupart de ces reportages ont associé cette augmentation des cas à l'exposition à l'amiante, sans égard au type de fibre ou au type de produit. On a accordé peu d'attention aux nombreuses données scientifiques accumulées depuis 1960 sur la véritable nature du mésothéliome et des facteurs de risques qui y sont associés.

TABLE DES MATIÈRES

Le mésothéliome et l'exposition à l'amiante
Différence de pathogénécité selon les fibres
Incohérence des résultats d'expériences sur les animaux et les humains
Chrysotile, trémolite et mésothéliome
Le mésothéliome : un risque pour qui ?
Le mésothéliome peut exister même sans amiante

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Le mésothéliome et l'exposition à l'amiante

La découverte du lien entre l'exposition à certains types d'amiante et le mésothéliome de la plèvre est due au travail du Dr Christopher Wagner qui compila les premières données sur la forte incidence de cette maladie parmi les travailleurs d'une mine de crocidolite (amiante bleu) ainsi que parmi les membres de leurs familles. Ensuite, une étude de Newhouse et Thompson (1965) a également constaté le risque élevé de mésothéliome chez les employés d'une usine utilisant de la crocidolite et, là encore, non seulement pour les travailleurs mais aussi pour leurs familles.

En général, le mésothéliome s'avère fatal peu après son diagnostic mais la longue période de latence de cette maladie signifie que les symptômes n'apparaissent que 20, 30 ou même plus de 50 ans après la première exposition.

À partir des années 40 jusqu'en 1970 environ, la crocidolite et une autre amphibole, l'amosite, furent utilisées à grande échelle, seules ou mélangées à du chrysotile dans des produits d'isolation friables pour les navires et divers bâtiments industriels, tout d'abord en Amérique et ensuite en Europe. Ces utilisations d'amiante floqué ont pris fin dans les années 70. Dans une moindre proportion, les amphiboles furent aussi utilisées dans la fabrication de tuyaux d'amiante-ciment. Autrefois, dans la plupart de ces industries, les travailleurs furent exposés à des niveaux d'empoussiérage extrêmement élevés. Cependant, ce qui est troublant, c'est qu'un certain nombre de cas de mésothéliome se soit déclaré chez des gens après une exposition brève et intense aux amphiboles.

La découverte du mésothéliome et de ses liens avec l'exposition à certains types d'amiante a déclenché de nouveaux programmes de recherches, attiré l'attention du public et contribué à une plus grande prise de conscience des risques associés à l'amiante.

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Différence de pathogénécité selon les fibres

D'après les études épidémiologiques et l'analyse du contenu minéral des poumons, il apparaît que les amphiboles (crocidolite et amosite) sont beaucoup plus fortement associées au mésothéliome que le chrysotile. Les analyses comparatives sur la durabilité et la composition chimique permettent d'expliquer la plus grande toxicité des amphiboles.

La plupart des milliers de cas de mésothéliome associés à l'amiante peuvent être directement reliés à une exposition aux amphiboles. Dans une revue des causes du mésothéliome, le Dr Andrew Churg a établi que seulement 53 cas pouvaient être attibués au chrysotile sur des dizaines de milliers de travailleurs étudiés. Parmi ces 53 cas, 10 provenaient de travailleurs d'industries de transformation qui utilisaient presque sûrement des amphiboles et 41 avaient été exposés à la poussière de chrysotile qui contenait quelques traces de trémolite, forme naturelle d'amphibole (Churg 1988).

D'autres preuves de la faible relation entre l'exposition au chrysotile et le mésothéliome furent révélées par l'étude d'un groupe de 11 000 mineurs de chrysotile au Québec nés entre 1891 et 1920. Selon le plus récent rapport, on a attribué seulement 37 décès au mésothéliome parmi les 8000 décès de causes diverses (McDonald et al. 1993). Aucun cas n'a été détecté chez les travailleurs n'ayant pas été exposés plus de deux ans.

De plus, contrairement aux villes minières de crocidolite, on n'a identifié aucun cas de mésothéliome par exposition environnementale dans le voisinage des mines de chrysotile. Dans le même ordre d'idée, les risques encourus par les membres de la famille d'un mineur de chrysotile sont extrêmement faibles. Seulement 2 ou 3 cas reliés à ce type d'exposition ont été rapportés.

Selon le Dr Churg, les données de recherche indiquent que bien que le chrysotile puisse induire le mésothéliome chez l'homme, le nombre total de ces cas est minime et correspond toujours à des doses très élevées. Un autre facteur important est qu'alors que les amphiboles déclenchent des maladies pulmonaires et le cancer à la suite d'expositions brèves mais intenses, les maladies reliées au chrysotile sont dues seulement à des expositions très élevées pendant de longues périodes.

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La plus grande toxicité des amphiboles est liée à leur durabilité dans les poumons
La plus grande durabilité des amphiboles par rapport au chrysotile semble être l'une des raisons principales de leur potentiel cancérigène plus élevé. Selon bon nombre de chercheurs, plus une substance étrangère persiste longtemps dans le corps, plus grands sont les risques de dommages aux cellules menant à l'accélération de leur reproduction, et à un accroissement des bris chromosomiques qui peuvent entraîner le développement de tumeurs. Contrairement aux fibres de chrysotile qui se dissolvent relativement rapidement, les amphiboles persistent au site de croissance de la tumeur et stimulent la néoplasie (Jaurand 1979; 1984). À cause de la rapide dissolution du chrysotile, surtout à faible et à moyenne exposition, ces fibres ne semblent pas persister assez longtemps dans le corps humain pour induire une tumeur.

Plusieurs études publiées au début des années 80 ont porté sur des échantillons de tissus pulmonaires de travailleurs dont le décès semblait être relié à l'amiante. On a fait la comparaison avec les tissus d'un groupe-témoin. Les résultats ont établi que les concentrations d'amphiboles dans leurs poumons étaient jusqu'à cent fois supérieures à celles du groupe-témoin. Toutefois la quantité de chrysotile était similaire chez ces travailleurs et chez les individus du groupe-témoin. De plus, dans les cas reliés à l'amiante, la sévérité de la maladie était toujours proportionnelle à la quantité d'amphiboles et non pas à celle de chrysotile. Ces différences de la biopersistance en fonction du type de fibre sont particulièrement évidentes dans les cas de mésothéliome. Ainsi, plusieurs études ont démontré que les cas de mésothéliome sont généralement associés à un excès d'amphiboles dans les poumons; ce qui n'est pas le cas pour le chrysotile.

Les plus récentes données disponibles sur la rétention des fibres d'amiante par les tissus pulmonaires des travailleurs de l'amiante est une étude suédoise qui établit les différences kinétiques entre les amphiboles et le chrysotile dans les tissus humains (Albin et al., 1994). Les concentrations de fibres amphiboles augmentent avec la durée de l'exposition, ce qui n'est pas le cas pour le chrysotile. De plus, les auteurs indiquent que leur étude corrobore les découvertes antérieures selon lesquelles il existerait une possibilité d'élimination du chrysotile. Ils concluent que leurs résultats «confirment l'hypothèse selon laquelle les effets néfastes sont plutôt associés aux fibres qui persistent dans les tissus (amphiboles) qu'à celles qui sont éliminées (surtout le chrysotile).»

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Les amphiboles, le fer et les radicaux libres
Non seulement les amphiboles persistent-elles davantage, mais leur teneur en fer semble déclencher la génération de radicaux libres, un processus pouvant endommager la membrane cellulaire, déclencher l'action d'agents inflammatoires et même provoquer des bris chromosomiques, lesquels peuvent entraîner le cancer du poumon. Normalement, la production de radicaux libres est tenue en échec par les agents protecteurs et les mécanismes enzymatiques. Cependant, une surproduction soutenue de radicaux libres peut éventuellement venir à bout de ces mécanismes protecteurs et affecter les poumons.

Ainsi, des études de l'impact de la composition chimique sur la cancérogénécité ont été entreprises. Les particules contenant du fer peuvent produire des radicaux libres (Guilianelli et al., 1993). Brooke Mossman, du Collège de médecine de l'université du Vermont, pense que l'activité biologique du chrysotile est plus faible à cause de sa basse teneur en fer. D'autres études ont confirmé l'importance de la longueur et de la forme géométrique des fibres dans la génération des radicaux libres par les macrophages alvéolaires. Les fibres plus longues, par exemple celles de la crocidolite et de l'érionite, ont généré davantage de radicaux libres que les particules et les fibres courtes, lesquelles sont, en général, relativement inactives.

Albin A, Pooley FD, Strömberg U, Attewell R, Mitha R and Welinder H, (1994) Retention patterns of asbestos fibres in lung tissue among asbestos cement workers. Occup. Environ. Med., 51: 205- 211.

Churg, A. (1988) Chrysotile, Tremolite, and Malignant Mesothelioma in Man. Chest, 93: 621-628.

Guilianelli, C et al. Effect of Mineral Particles Containing Iron on Primary Cultures of Rabbit Trachael Epithelial Cells: Possible Implication of Oxidative Stress. Env. Health Persp., 1993; 101.

Hansen, K, Mossman, BT. Generation of superoxide from alveolar macrophages exposed to asbestiform and non-fibrous particles. Cancer Res. 1987;47:1681-6.

Jaurand, MC, Bignon, J, Sebastien, P, & Goni, J. Leaching of chrysotile asbestos in human lungs. Correlation within vitro studies using rabbit alveolar macrophages. Envir. Res. 1979; 14:245-54.

Jaurand, MC, Gaudichet, A, Halpern, S & Bignon, S. In Vitro biodegradation of chrysotile fibres by alveolar macrophages and mesothelial cells in culture: comparison with a pH effect. Br. J. Ind. Med. 1984;41:389-95.

McDonald, JC, Liddell, FD, Dufresne, A and McDonald, AD. The 1891-1920 birth cohort of Quebec chrysotile miners and millers: mortality 1976-88. Br. J. Ind. Med., 1993;60:1073.

Wagner, JC, Slegges, CA and Marchand, P. (1960) Diffuse pleural mesothelioma and asbestos exposure in the North Western Cape Province. Brit. J. Ind. Med. 17:260-271.

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Incohérence des résultats d'expériences sur les animaux et les humains

Par le passé, les études comparant le chrysotile et les amphiboles n'ont pu confirmer les découvertes épidémiologiques sur les liens très évidents entre les amphiboles et le mésothéliome. Une revue des protocoles expérimentaux utilisés nous démontrent pourquoi.

Jusqu'à récemment, la plupart des études publiées dans le domaine de l'expérimentation animale, suite à l'injection ou à l'inhalation de différents types d'amiante, n'ont pu démontrer de différence significative dans leur pathogénécité respective. Les effets relevés ne correspondaient pas aux observations épidémiologiques indiquant la capacité bien supérieure des amphiboles par rapport au chrysotile à induire l'amiantose, le cancer des poumons et le mésothéliome. Cependant, dans plusieurs de ces études, la comparaison des effets (fibrogènes et tumorigènes) fut basée sur des mesures gravimétriques, à savoir, l'utilisation de la masse pour définir la dose des minéraux testés.

La référence à la masse plutôt qu'au nombre de fibres, s'est traduite par une surévaluation des effets du chrysotile sur la santé par rapport aux autres fibres. Il est bien connu que des masses identiques de chrysotile, d'amphiboles, et d'autres fibres minérales peuvent représenter un nombre très différent de fibres. Par exemple, si l'on prend des fibres plus longues que 8 microns, le nombre de fibres par mg pour du chrysotile peut être jusqu'à 100 fois plus élevé que pour la crocidolite (Palekar et al. 1988).

En fait, les différents essais de conversion des doses gravimétriques en nombre de fibres ont indiqué que fibre pour fibre, le chrysotile est moins pathogène que les diverses amphiboles. Plus récemment, des études utilisant à la fois la masse et le nombre de fibres comme unité de dose ont confirmé la plus forte pathogénécité des amphiboles par rapport au chrysotile. Les modèles in vitro de Yegles et al. (1933) et de Heinz et al. (1933) et les expériences sur l'inhalation menées par McConnell et al. (1944) corroborent ces découvertes.

Un autre facteur important à prendre en considération face à l'apparente incohérence des données animales et humaines est l'utilisation de mesures inadéquates pour contrôler les dimensions des différentes fibres et diverses substances testées. La longueur et le diamètre des fibres sont maintenant reconnus comme des facteurs déterminants de la fibrogénécité et de la carcinogénécité de substances données.

Heintz NH, Janssen YM and Mossman BT. (1993) Persistent induction of c-fos and c-jun expression by asbestos. Proc. Natl Acad. Sci. 90: 3299-3303.

McConnell EE, Chevalier HJ, Hesterberg TW, Hadly JG and Mast RW. (1994) in ILSI Monograph "Toxic and carcinogenic effects of solid particles in the respiratory tract", eds. DL Dungworth, JL Mauderly and G. Oberdörster, ILSI Press, pp. 461-467.

Palekar LD, Most BM & Coffin DL. (1988) Environ. Res., 46:142-152.

Yegles M, St-Etienne L, Renier L, Janson X and Jauran MC. (1993) Induction of metaphase and anaphase abnormalities by asbestos fibers in rat pleural mesothelial cells in vitro. Amer. J. Resp. Cell. Mol. Biol. 9: 186-191.

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Chrysotile, trémolite et mésothéliome

Malgré la mise en évidence d'un lien extrêmement ténu entre le mésothéliome et l'exposition au chrysotile, la présence de traces de trémolite dans certains minerais de chrysotile a été dénoncée comme un facteur de risque potentiel pour les travailleurs de l'amiante chrysotile. Les preuves disponibles démontrent cependant que les mésothéliomes sont extrêmement rares au sein des populations des mines de chrysotile comparativement au taux observés parmi les populations exposées aux amphiboles. En fait, on a rapporté moins de 40 cas de mésothéliome sur plusieurs décennies parmi les travailleurs du chrysotile (McDonald et al. 1993).

Dans leur analyse des 37 mésothéliomes trouvés au sein d'une population de 11 000 personnes jusqu'en 1992, McDonald & McDonald (1995) ont déterminé qu'ils étaient concentrés parmi les travailleurs de secteurs spécifiques de la mine. Une analyse post mortem des tissus pulmonaires de ces mêmes travailleurs a révélé un contenu en trémolite quatre fois plus élevé que pour ceux d'autres secteurs des mines étudiées. Ceci semble indiquer que les rares cas de mésothéliome parmi les mineurs de chrysotile sont essentiellement, sinon totalement, dus à une exposition à la trémolite.

Les auteurs mentionnent qu'il faut se rappeler que ces cas de mésothéliome sont reliés à des expositions très longues et très élevées datant de 20 à 70 ans. Ils concluent : «La répartition géologique de la trémolite dans le minerai de chrysotile du Québec peut varier avec le temps et le lieu. Selon les niveaux actuels de contrôles environnementaux, tout risque de mésothéliome dû à l'exposition se situe bien en deçà de la détection épidémiologique.»

Une revue antérieure du Dr Andrew Churg, pathologiste de l'Université de Colombie-Britannique au Canada, appuie également cette conclusion. Churg (1988) écrit : «Que la trémolite ou le chrysotile soit en cause, ces observations suggèrent que le minerai de chrysotile brut ou transformé cause le mésothéliome chez l'homme, mais c'est en tout cas un agent cancérogène extrêmement faible et qui, dans les conditions actuelles, requiert des doses extrêmement fortes. Sur le plan pratique, les données indiquent que le chrysotile ne provoquera pas de mésothéliome chez les sujets exposés aux taux actuels ou ceux recommandés par des réglementations récentes sur l'empoussiérage.»

Churg, A. (1988) Chrysotile, Tremolite, and Malignant Mesothelioma in Man. Chest 93: 621-628.

McDonald, JC and McDonald, AD (1995) Chrysotile, Tremolite, and Mesothelioma. Science 267: 776-777.

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Le mésothéliome : un risque pour qui ?

Bien que les amphiboles ainsi que le flocage de produits d'amiante aient été interdits dans la plupart des pays, l'apparition de nouveaux cas de mésothéliome soulève de nombreuses questions sur la sécurité des travailleurs. Grâce à l'épidémiologie, on a réussi à identifier les populations à risque et à déterminer les conditions favorisant ces risques.

Les expositions du passé et la latence
La longue période de latence du mésothéliome signifie que les effets des plus basses expositions aux amphiboles ne se manifesteront qu'après plusieurs décennies. Par conséquent, les cas actuels de mésothéliome doivent être attribués à de mauvaises utilisations datant d'un passé lointain. Hélas, cette latence de 30, 40 et même 50 ans va nous obliger à subir les conséquences des erreurs d'utilisation passées, au moins jusqu'au début du siècle prochain. Aujourd'hui, la véritable question que l'on est en droit de se poser est : «comment s'assurer que le nombre de mésothéliomes va diminuer à l'avenir ?»

Le fait que les amphiboles soient interdites et l'usage du flocage abandonné depuis plusieurs années nous amène à penser que les conditions à l'origine des cas actuels de mésothéliome ont été en grande partie éliminées. Pour garantir une diminution rapide du taux de mésothéliome au-delà de 2010, il faut relever un certain nombre de défis. Tout d'abord, il faut prendre les mesures nécessaires pour éviter les expositions dangereusement élevées aux amphiboles lors des travaux nécessitant la manipulation. Ensuite, il faut encourager les pays qui ne l'ont pas encore fait à abandonner l'utilisation des amphiboles, surtout que l'on dispose maintenant de la technologie nécessaire.

Réduction de l'exposition aux matériaux d'isolation
De nombreuses études ont conclu que les occupants des immeubles dont l'isolation d'amiante est en assez bon état ne courent pas de risque. Cependant, les travailleurs qui sont fréquemment exposés à ces matériaux doivent être protégés. Certaines variétés d'amphiboles ont un fort potentiel d'induction du mésothéliome, suite à de brèves mais intenses expositions. Ces faits ont alarmé les hygiénistes industriels qui, à juste raison, s'inquiètent des risques encourus par les travailleurs de la construction et de l'entretien, ceux impliqués dans la rénovation et la démolition de navires ou tout travailleur appelé à être en contact régulier avec des fibres ou des produits d'amphiboles.

Mais il y a plus important encore : une loi devrait obliger les propriétaires d'immeubles à faire l'inventaire des matériaux d'isolation friables et à adopter des programmes complets de gestion, incluant des procédures d'enquête et d'évaluation, un plan de mesures correctives lorsque nécéssaire, un programme d'étude et de formation pour les travailleurs d'entretien.

En cas de rénovation ou de démolition, la loi devrait imposer la notification des autorités compétentes et le recours à des entrepreneurs agréés. Une surveillance continue de la qualité de l'air devrait être obligatoire pendant les travaux afin de vérifier l'efficacité des mesures de prévention et de contrôle de l'empoussiérage.

Information et application de la réglementation
De nos jours, les réglementations en vigueur permettent de contrôler adéquatement les risques de mésothéliome dans la plupart des pays. Cependant, les réglementations ne suffisent pas pour garantir la sécurité en milieu professionnel. Les campagnes d'information à l'intention des propriétaires, des entrepreneurs, des travailleurs d'entretien revêtent une importance majeure. La santé et la sécurité des travailleurs passent obligatoirement par l'application et le respect des réglementations. C'est là que les gouvernements doivent faire preuve de fermeté et de vigilance, au besoin en imposant des amendes aux contrevenants. C'est la seule façon de s'assurer que le mésothéliome devienne et reste une maladie du passé.

Source: W. Denault & Associates, Paper presented at the International Conference on Asbestos Products, Kuala Lumpur, Malaysia, 1991.

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Le mésothéliome peut exister même sans amiante

On a longtemps cru que l'exposition à l'amiante était seule responsable du mésothéliome. Mais selon les plus récentes études, il apparaît qu'un nombre significatif de mésothéliomes ne puisse être relié à aucune exposition à l'amiante.

Bien que le lien entre les amphiboles et le mésothéliome soit incontestable, il reste que moins de 10 % des personnes exposées à l'amiante sont atteintes de mésothéliome. De plus, une forte proportion des cas, c'est-à-dire jusqu'à 50 % selon certains auteurs, n'a jamais été exposée à l'amiante.

Une étude très complète auprès d'adultes atteints du mésothéliome au Canada et aux États-Unis a classé les cas selon les probabilités d'exposition à l'amiante. Les chercheurs sont arrivés à la conclusion que l'exposition fut peu probable pour 25 % à 30 % des cas (McDonald & McDonald 1980).

Alors qu'une documentation solide permet d'affirmer que le mésothéliome dû à l'amiante a une latence de 20 ans ou plus, certaines études ont prouvé l'existence de mésothéliome de la plèvre et du péricarde chez des enfants âgés de 1 1/2 an (Lemesch et al.). Les enquêtes menées aux États-Unis, au Canada et en Israël ont révélé un total de 110 cas de mésothéliome chez des personnes de moins de 20 ans.

Parallèlement à ces cas mystérieux, un certain nombre de matériaux fibreux ou non fibreux ont pu être reliés avec certitude à l'induction du mésothéliome. Les scientifiques reconnaissent, pour la plupart, que les fibres longues, fines et durables ont un potentiel fibrogène et cancérogène certain. Plusieurs fibres naturelles et synthétiques ayant ces caractéristiques ont été associées à l'induction du mésothéliome en laboratoire. Ceci inclut les fibres de verre, l'oxyde d'aluminium, l'attapulgite, la dawsonite, le carbure de silicium et le titanate de potassium.

La prolifération de mésothéliomes dans les campagnes de Turquie a été attribuée à l'exposition à une zéolite fibreuse qui est très abondante dans ces régions. Dans son rapport de 1980, Baris a identifié 185 cas de mésothéliome reliés à l'érionite-zéolite dans deux régions où il n'existe ni gisement, ni industrie d'amiante.

L'induction du mésothéliome malin a aussi été attribuée à plusieurs agents non fibreux, organiques et non-organiques. À titre d'exemple, on a décelé un lien de cause à effet entre le mésothéliome et les radiations, d'après les nombreux cas de mésothéliome qui se sont développés sur le site exact de traitement par radiation. D'autres causes probables incluent les fibres de silice biogène, l'irritation chronique résultant de la tuberculose, des métaux lourds comme le béryllium et autres facteurs.

Le vaccin contre la polio et le virus SV40
Récemment, on a rapporté que le virus SV40, qui a contaminé quelques vaccins anti-polio, pourraît être associé au mésothéliome, du fait que certaines combinaisons de l'ADN du virus se retrouvent quelquefois dans les cellules mésothéliales cancéreuses. En 1954, c'est-à-dire huit ans avant que l'on identifie le SV40, ces vaccins ont été préparés à partir de la culture du virus de la polio provenant de cellules rénales de singe rhésus. C'est ainsi que des millions de gens ont été contaminés par le SV40 en se faisant vacciner contre la polio.

Selon les récentes découvertes du Dr Carbone et de ses collègues du département de pathologie de l'université de Chicago, en association avec l'équipe de l'Institut national du cancer, le SV40 qui déclenche le mésothéliome chez les hamsters pourraît être co-cancérigène chez l'humain. L'analyse de mésothéliomes humains a en effet révélé l'existence de séquences d'ADN identiques à celles du virus SV40 (Carbone et al., 1994). Des données similaires font maintenant leur apparition en Grande-Bretagne et en France.

Les preuves récentes du rôle du virus SV40 et d'autres causes potentielles, nous amènent à penser que d'autres facteurs que l'exposition à l'amiante peuvent avoir une certaine responsabilité dans les récents cas de mésothéliome en Europe puisque les victimes prétendent n'avoir eu qu'un contact occasionnel et de faible intensité avec des produits d'amiante.

Baris YI, Artvinli M and Sahin AA. Environmental mesothelioma in Turkey. Ann. NY. Acad. Sci., 1979; 330:423-432.

Carbone et al.. Oncogene, 1994; 9:1781-1790.

Lemesch C, Steinitz R and Wassermann M. Edipemiology of mesothelioma in Israel. Environ. Res., 1976; 12:255-261.

Pelnar PV. Non-asbestos related malignant mesothelioma. Canadian Asbestos Information Centre, 1983.

Stanton MF and Wrench C. Mechanisms of mesothelioma induction with asbestos and fibrous glass. J. Natl. Cancer Inst., 1972 (March); 48(3):797-821.

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